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Dimanche 14 juin 2009

Pour une politique du Vrai.

 

Abstentionnisme record, résurgence du nationalisme le plus étroit, poussée écologiste…Tels pourraient-être les principaux enseignements de cette campagne européenne. Notre avis est que ces trois caractéristiques ne font en réalité qu’une : Refus d’une politique visant à activer le réel et règne de la fantasmagorie individuelle participent à l’injonction libérale « vis sans idée ! ». Il est plus que jamais de notre devoir de nous refuser à pareil diktat et d’affirmer qu’au commencement était l’Idée : De Lisbonne à Ankara, l’Idée d’Europe se doit d’être animée par nos origines communes que sont le legs de la Grèce antique, berceau de la raison et de l’universalisme, et la philosophie des lumières, ferment de notre attachement au progrès et à la justice sociale. La relation de réciprocité entre l’Idée et la pratique a animé toute la campagne durant les intentions des militants du Front de Gauche, un front de gauche qui, comme toute idée véritable est destinée à s’élargir à l’image de l’Europe : De Lisbonne à Ankara, l’Idée !

La tâche qui nous attend est exaltante, certes, mais il s’agit aujourd’hui d’analyser les causes du succès de la vulgate libérale du « vis sans idée ! ». Pour le faire, posons-nous la question suivante : Ces dernières élections ont-elles été révélatrices d’un fragment de vérité politique ? Si événement il y a eut, il ne saurait provenir que d’électeurs de convictions et de militants d’idées. En effet, s’il nous faut « en finir avec la militance d’arrière-garde pour nous plonger dans la patience du concept » selon les mots de Gérard Lebrun gageons que le Front de Gauche soit un concept solide et unificateur autant politiquement que philosophiquement. C’est d’ailleurs de la solidité et de l’universalité de notre démarche que dépend toute critique de ce que l’on pourrait appeler «l’attitude libérale » et cela de l’abstentionnisme (Formé, par ailleurs, de bon nombre de victimes du libéralisme) jusqu’au vote « Europe Ecologie ». Expliquons-nous sur ce point : En quoi consiste le vote massif pour cette liste inconsistante ? Ce choix a permis à chaque électeur de pouvoir « fantasmer  aussi bien son vote que son bord politique » (nous devons la belle formule au camarade Jean-Baptiste Sarocchi) d’où le trio hétéroclite composé de Bové, Cohn-Bendit et Eva Joly que rien ne rapproche si ce n’est la volatilité politique et idéologique. Ce vote schizophrénique est celui du fantasme donc, mais pas n’importe lequel, celui de la peur et de « l’urgence écologique » mal comprise se muant en un catastrophisme faussement citoyen, faussement triomphant. La force de conviction ne saurait d’ailleurs se réduire à son plus simple apparat, à savoir le droit de vote. Pour parler vrai, il faut se réjouir que l’écologie soit une préoccupation grandissante, ce qui est en revanche inquiétant c’est qu’elle ne se caractérise aucunement par de véritables actes politiques (Cohn-Bendit ayant approuvé la majeur partie des lois avec ses amis libéraux du parlement). En outre, ce vote n’est pas non plus l’apanage d’une contestation sociétal alliant l’intention bonne avec sa réalisation pratique : Il est fort peu probable que ces électeurs agissent suivant leurs préceptes écologistes, à l’image de leur mentor dirons-nous. Dés lors pouvons-nous affirmer que nous avons assisté à une déculpabilisation par l’apolitisme dans un Monde où toute Idée universalisable (C’est le cas de l’Idée communiste) est sujette à la plus vive défiance. Exigeons une écologie sociale de combat !

En des phrases admirables, Emmanuel Kant reflète la teneur de notre propos, qui consiste à s’interroger sur la place de l’individu au sein de la société : « Les Lumières, c’est la sortie de l’homme hors de l’état de tutelle dont il est lui-même responsable » (Qu’est-ce que les Lumières). Vivons-nous aujourd’hui dans un Monde éclairé ? Il semble que notre époque n’est pas si éloignée que celle du philosophe et, à sa suite, pouvons-nous répondre : Notre époque est celle des Lumières, où l’usage publique de sa raison constitue la pierre-de-touche de toute liberté véritable. L’esprit de notre temps s’incarne dans l’attention portée à la notion d’individu : L’ère des grands modèles collectifs n’est plus, voilà l’évidence, il s’agit de responsabiliser l’individu, de « l’autonomiser » dans un Monde où la liberté d’expression est en cavale. Dés lors ne s’agit-il plus de contraindre l’individu, mais bien plutôt de le convaincre de sa propre puissance : L’homme est d’abord potentialité, et donc liberté. « Sapere aude ! », « aie le courage de te servir de ton propre entendement ! », voici ce qu’il nous faudrait dire aux abstentionnistes ainsi qu’aux électeurs qui cautionnent une société inégalitaire, immorale, injuste. Par conséquent, notre tâche est aujourd’hui de « graver l’Idée communiste dans les consciences individuelles » (Comme en appelle Alain Badiou dans L’hypothèse communiste), de réclamer « la transparence des cœurs » comme le rêvait déjà Rousseau. L’adage populaire « le cœur à gauche, la raison à droite » se trompe, l’un n’exclu pas l’autre pourvu que la seconde soit mise au service du premier. Que voulons-nous ? Nous voulons que le mot « gauche » redevienne synonyme de prise de responsabilité aussi bien individuelles que collectives car nous avons l’initiative : « Nous ne sommes rien soyons tout ! » chantait déjà l’Internationale, le Front de Gauche doit se donner pour objectif d’être l’entité permettant de rassembler les bonnes volontés, de rallier les consciences et les autonomies, de devenir le carrefour des idées dont la gauche en sa totalité a besoin. Il ne s’agit en aucun cas de souhaiter un conglomérat d’opinions incompatibles mais de vouloir un rassemblement permettant la formation d’une idée supérieure, celle de gauche dans son acception la plus sincère : 1+1=3, c’est cela l’événement, et nous en appelons à l’autonomie militante. Cette autonomie, c’est le fait d’éprouver sa liberté en tant que citoyen engagé, c’est le fait « d’être » en acte et pas seulement en puissance dans la mesure où même l’empirisme est en adéquation avec ce constat : Là où nous avons fait l’épreuve de notre liberté, dans nos sections, les résultats électoraux nous donnent une existence politique. A cet égard, Marie-Christine Vergiat représente cette aspiration, cette intention bonne et, relation de cause à effet, cette réussite puisque son élection est le fruit « du déploiement de formes toujours plus flexibles de la multitude » (Slavoj Zizek, Que veut l’Europe ? Réflexions sur une nécessaire réappropriation).

Ne doutons pas que l’idée de Front de Gauche est aussi animée par la nécessité de créer une France et une Europe de justice et de paix perpétuelle. En un mot, l’ambition est d’allier le politique et la vérité : Il est indispensable d’unir une politique du vrai avec une véritable politique. Nous y sommes. Emil Cioran se plaisait à dire « qu’on ne peut être libéral que par fatigue et démocrate par raison », débordons les fatigués irraisonnés et unissons-nous !

Roman Czapski

Par PCF CASA - Publié dans : pcfcasa
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