11 Juillet 2008
Voici une participation (un peu polémique) des 2 "apprentis"
philosophes de notre section alors lisez et n'hésitez pas à réagir .
Le parti communiste avait toujours fui l’utopie et la rêverie, aujourd’hui il ne s’est pas contenté de s’y prêter, il est aussi devenu niais. Tout porte à croire qu’il a achevé son processus de
conversion à la morale bourgeoise. Quelle surprise à la lecture des « Textes pour engager le débat » et de la question de l’atelier n°5 : « Quel
communisme ? » ! Il nous semble plus qu’indispensable de revenir sur un certain nombre de confusions qui jalonnent le document.
En premier lieu, le texte évoque un refus catégorique d’une conception déterministe de l’Histoire, sans paraître gêné de parler de destin qu’il faudrait transcender, un paragraphe plus loin. Si elle est impensable sous l’égide d’une fatalité, notre conception de l’Histoire ne peut qu’être déterministe. On ne saurait lésiner sur le poids des mots. Le déterminisme signifie la présence d’un certain nombre de lois réglant le déroulement des événements et le fonctionnement de la société. Pour autant, ces lois ne sont ni aveugles, ni indépassables. En l’occurrence, nous faisons référence à des lois économiques, principe fondamental de toute pensée marxiste, à savoir que l’Histoire est le fruit de la lutte des classes. C’est par la connaissance de ces lois et non par la simple proclamation d’une vague émancipation que toute action politique trouve une cohérence.
A ce titre, le communisme est bien une nécessité et non un simple accessoire car cette conception suppose également que les lois économiques qui régissent le système capitaliste ne sont pas simplement insuffisantes ou peu souhaitables mais qu’elles portent en elles par essence une contradiction profonde amenant inévitablement l’ensemble du système à sa destruction. Refuser le déterminisme, c’est aussi refuser les solutions et en général tous les moyens de mettre un terme à l’oppression.
Il ne s’agit pas de lier l’action concrète au rêve et à l’idéal car une telle vision sépare les deux à l’origine. Le communisme est une passion du réel. Ce n’est que par la connaissance des rouages et des rapports de causalité induisant des rapports de force propices à l’oppression du capital qu’il prend son sens. Cette étude scientifique des déterminations est la réalité de la théorie marxiste.
Il serait faux de croire à un faible ancrage de ces lois dans la société. L’idéologie même qu’elles véhiculent renforce leur puissance d’oppression et leur confère une apparence de légitimité. Prendre le communisme comme une nécessité suppose une vision à long terme du temps et de l’Histoire. Cela revient à refuser l’immédiateté de la démocratie parlementaire et du réformisme bourgeois. Tout jugement de valeur prononcé contre un régime communiste perdrait son sens à se fonder sur le détail et doit se penser tout entier dans la globalité.
Il s’agit donc bien de refonder une idée communiste sur des concepts clairs et non pas sur des raccourcis formulés à l’emporte-pièce, préjugés devenus des dogmes qui trouvent leur expression dans le sens actuel des termes de démocratie, de liberté et de droits de l’homme. Aujourd’hui, même au sein du parti communiste, il est devenu tout simplement impossible de porter atteinte à ces sacro-saints idéaux bien-pensants. Le parti communiste est devenu l’esclave de l’idéologie dominante dont ces notions prétendument universelles ne sont pourtant que le fruit. Cessons définitivement la contrition : proposons !
C’est donc au parti d’avoir le courage d’assumer des décisions politiques fortes, chose impossible dans sa structure actuelle. Nous faisons le choix d’un communisme efficace dont le parti est l’outil primordial. Il tire sa raison d’être de l’absence de conscience de classe des opprimés et de leur incapacité à se défendre et s’organiser seuls face au capitalisme, en raison de l’assentiment universel aux dogmes de l’idéologie de la classe dominante. En conséquence, le parti doit posséder un pouvoir central qui soit entre les mains de l’avant-garde du prolétariat. Il s’agit d’une direction collégiale et provisoire assurée par des hommes et des femmes éclairés ayant su distinguer les lois du déterminisme derrière l’idéologie. On ne saurait transiger sur son autorité qui se doit d’avoir la vertu, c’est-à-dire l’association du courage et de la probité, pour garantie fondamentale. Le parti tire sa force de son unicité ; il est structuré et structurant. Il encadre, guide, accompagne ses membres tout au long de leur vie. Ce sera le parti de la raison et non de l’opinion.
La rigueur d’un tel parti n’aura d’égal que la fermeté de ses objectifs. Il s’agit de prendre le pouvoir et de s’instituer provisoirement en dictature du prolétariat, afin d’aboutir à terme à l’émancipation tant espérée. En cela, la prise du pouvoir n’est possible que par la voie révolutionnaire, c’est-à-dire par la violence. Si la voie réformiste est inconcevable, c’est aussi bien par son manque d’efficacité que par son inscription même dans le système qu’elle souhaite renverser de manière radicale. Employer la violence ne signifie pas agir de manière aveugle et inconsidérée mais suppose des délibérations approfondies de la part de l’avant-garde. La violence ne pourra prendre que la forme d’émeutes ou d’attentats contre des cibles précises et symboliques. La radicalité de ces méthodes contraindra le parti à une certaine clandestinité.
Après la prise du pouvoir, la dictature du prolétariat se pensera, au même titre que le parti qui la dirige, sur la base du concept de totalité. Cela revient à poser la délicate question de l’individu. Il s’agit à terme de supprimer la réalité politique et économique de l’individu. Cela ne signifie pas son anéantissement socio-culturel mais le transfert de sa vie politique et économique entre les mains d’un ensemble plus étendu, à savoir la communauté tout entière. Cette tâche, la plus difficile de toutes, ne pourra s’accomplir sans un long processus de rééducation.
Le courage requis pour le combat communiste que nous demandons aujourd’hui au parti est immense, nous en avons conscience. C’est pourquoi nous suggérons à cette fin de ne pas partir de rien, mais de se nourrir de références, lesquelles n’excluent pas l’autocritique, aussi bien en matière théorique dans la philosophie qu’en matière pratique dans l’Histoire.
Roman Czapski
Jean Quétier