7 Février 2009
Chercheurs, enseignants et étudiants subissent à leur tour la logique budgétaire et économiste du chef de l’Etat et de
son gouvernement. S’il s’agit d’ores et déjà d’une nouvelle atteinte aux services publics, la dangerosité de cette entreprise est bien particulière : Sera-t-il encore envisageable de se
représenter une pensée qui ne soit pas soumise aux (faux) impératifs d’une économie de marché aujourd’hui en plein marasme ?
« Nées ensemble, philosophie et démocratie dépérissent de concert », comme le constate Charles Roux dans son excellent ouvrage Le philosophe au pied du mur. Loin de nous l’idée de conférer à la philosophie-seule un regard critique, au moins pouvons-nous affirmer que la conception
de l’Elysée en matière de recherche fondamentale n’est pas la nôtre : « Enseignez ou étudiez ce qui vous chante, à vrai dire peu importe, mais vous qui étudiez le droit, les lettres,
les arts ou les sciences humaines, vous n’allez tout de même pas nous demander de financer vos recherches et vos études…Il est regrettable que vous ne soyez pas rentables ».Tel apparaît être
l’esprit ambiant, le discours de l’époque. Il en est pour s’en féliciter. Or, contester le rôle fondamental de l’Enseignement Supérieur et plus généralement de l’Education Nationale dans son
ensemble en tant que garante des valeurs Républicaines (qui, rappelons-le, sont Liberté, Egalité, Fraternité), c’est bel et bien tenir en basse estime ce que l’on nomme « démocratie »
en tant que système politique exigeant par-dessus tout des citoyens éclairés. Ce regard critique, dont notre gouvernement semble totalement dépourvu envers lui-même, nous impose un constat :
s’il faut réformer l’enseignement, et d’aucun ne pensera le contraire, ce n’est certainement pas en considérant enseignants-chercheurs et étudiants comme des moyens d’une politique libérale en
introduisant au cœur-même de l’université l’idéologie en vigueur mais bien plutôt en les considérant comme fin, en l’occurrence comme des personnes désireuses d’inculquer ou d’acquérir des
savoirs loin de l’anxiété et de la précarité propre au monde du travail sous obédience capitaliste. En bref, gardons à l’esprit que l’enseignement (ou la relation enseignant-élève) n’est pas un
donné mais une conquête de chaque instant. De même, si la pensée véritable ne peut être détachée du monde qui l’entoure, elle ne saurait être la victime de ce dernier. L’autonomie de la
réflexion, c’est d’ailleurs le juste combat que défendent avec passion et courage les milliers d’élèves et professeurs qui, d’assemblées générales en manifestations à travers la France entière,
protestent contre cette loi LRU que l’on pourrait qualifier de « scélérate » tant elle s’oppose à l’idéal Républicain auquel se joignent les communistes.
La Loi LRU (loi relative aux libertés et aux responsabilités des universités) est symptomatique de cette aversion pour tout savoir, toute science, qui se refuserait à sa propre marchandisation.
Cette loi, sous couvert des termes ronflants « liberté » et « responsabilité » masque, comme nous l’avons vu, l’idée d’une vassalisation totale des universités par le
tout-marché allié à un tour de passe-passe budgétaire supprimant du même coups trois notions clés de l’enseignement : Le savoir concernant l’élève, la maturation pédagogique pour le futur
professeur, l’indépendance pour le savant. En effet, nous ne sommes guère loin de l’autocratie car la loi octroie les pleins pouvoirs aux présidents d’université au détriment des organes
législatifs et consultatifs que pouvaient être les organismes de recherche qui, d’ailleurs, seront démantelés. En outre, la mise en concurrence des enseignants-chercheurs au sein d’une même
université ne peut que conduire à l’instauration d’une logique d’entreprise, entreprise à laquelle ne feront plus parti les conseillers pédagogiques considérés comme trop onéreux. Cela a pour
corrélat la diminution du budget alloué à la recherche ainsi que la professionnalisation des « Masters ». Les jeunes professeurs ne bénéficieront plus de l’aide pédagogique apportée sur
deux ans une fois leurs études terminées : Trois semestres une fois la licence acquise sont suffisants, selon le gouvernement, pour former tout à la fois un jeune savant et un bon pédagogue.
Evidemment, il est aujourd’hui tellement facile d’entrer dans le monde du travail. La loi LRU pourrait bien être l’arbre qui cache la forêt : La loi « Lambert », posée sur le
bureau de Mme Pécresse, préconise la suppression pure et simple du CROUS (les centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires) ce qui équivaut à la création d’une nouvelle fracture
sociale au sein de l’école (le CROUS, né durant le Front Populaire, a pour principal objet l’aide sociale).
Un enseignant-chercheur s’exclamait, durant une assemblée générale : « On nous demande de trahir notre mission ! », les progressistes des Alpes-Maritimes vous demande de la
poursuivre, les communistes luttent à vos côtés !
Roman Czapski