15 Septembre 2009
Acheminement vers la parole
Nous définissons la parole comme une pratique car nous l’entendons moins comme écriture, encore passive, que comme prise de parole, déjà active. Le moteur affectif dont cette prise de parole est l’aboutissement nous a amenés à rencontrer le Parti Communiste Français, car c’est bien d’une rencontre qu’il s’agit. Le PCF est en un sens le seul parti politique incarné, au sein duquel la distance entre le militant et la structure se doit d’être abolie. La structure, à terme, n’est rien d’autre que le militant en acte, c’est-à-dire considéré du point de vue de la pratique. Nous donnons à cela le nom d’autonomie du militant. En effet, la responsabilité de notre parti est de donner suite à notre besoin de transformation sociale. Réaliser cette exigence originelle revient à faire de chacun de nous un acteur dont le rôle ne saurait être prédéterminé. C’est au contraire aux responsables de sections qu’est dévolue la tâche de connaître leurs adhérents en tant qu’individus pour que ces derniers trouvent librement le mode d’action approprié à leur accomplissement militant. La chronique que nous inaugurons aujourd’hui participe de cette aspiration fondamentale. La matière dans laquelle puisera notre discours appartiendra au fonds inépuisable de l’actualité. Néanmoins celle-ci ne sera en un sens qu’un pré-texte, le lieu de l’étonnement moteur et le mobile d’un éveil des consciences. De fait le texte philosophique, seul mais inscrit dans la pratique et par là même déjà politique, reste la forme primordiale et l’objectif terminal de la chronique. Le travail que nous entreprenons s’inscrit dans une dynamique de renouvellement aussi bien dans l’élaboration idéologique que dans la pratique politique. Il se veut le reflet, à une tout autre échelle, du positionnement récent de notre parti dans une démarche d’ouverture aux autres forces progressistes, écologistes, féministes et républicaines réunies dans et par le Front de Gauche au cours des dernières élections européennes. L’élargissement de ce rassemblement politique sera naturellement conditionné par sa médiatisation aussi bien nationale que locale. Nous avons peut-être eu trop tendance à considérer cette parole médiatique comme extérieure à l’acte militant et à adopter une attitude fataliste face à ce redoutable ennemi qu’est le silence, pendant de notre trop faible visibilité politique. En amorçant aujourd’hui cette chronique dans Le Patriote, rendue possible par la confiance que nous a accordée Jean-Paul Duparc, nous entendons rompre avec l’idée d’une opposition irréductible entre l’acte politique des militants communistes et un acte médiatique dépersonnalisé. L’acheminement vers la parole est donc aussi bien celui, personnel, des individus militants que nous sommes que celui, universel, du sens que nous cherchons à faire advenir par le Front de Gauche. Cette parole devenue « pratique théorique », nous la nommons un cri.
Roman Czapski, Jean Quétier.